DATACENTRE D’ART

Étienne Cliquet

? • © 2015
Les couleurs des câbles de fibre optique du Colosse, Université Laval, Québec.

Circuit béant

Skelcut.exe et Tricut.exe

Skelcut et Tricut sont deux logiciels de projection cartographique créés par Robin Fercoq. Ils génèrent le développé d’une sphère à partir d’une découpe en forme de squelette. Le processus est inspiré de la manière d’éplucher la pelure de clémentine en un seul tenant. La carte réalisée pour le datacentre de la société Fullsave est une épluchure du globe terrestre selon une découpe qui suit les principaux axes de fibre optique de l’Internet (les dorsales en terme informatique).

Capture du logiciel Skelcut.
Capture du logiciel Tricut.

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Circuit béant

DraWall, robot de dessin

La solution la plus précise pour reproduire le dessin de la carte du globe sur le mur à grande échelle et sans déformation a été de fabriquer un robot de dessin qui fonctionne avec des moteurs pas à pas, une courroie et une interface électronique (carte Arduino) branchée sur un ordinateur. Le dessin de la carte a durée trois heures et quarante cinq minutes.

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Allée froide

Peinture pariétale

Allée froide, Québec, novembre 2013.

Trou noir

Visites de datacentres

Visite de la salle des serveurs d’une école supérieure d’ingénieur, Montréal.
Visite de la salle des serveurs d’un datacentre privé.
Visite de la salle des serveurs d’une université publique, Montréal.
Visite du Colosse, supercalculateur de l’université Laval, Québec.

Datacentre d’art

Ailleurs sur Internet

Presse
«Data centers, art around the bunker», Marie Lechner, Libération #10164, 19 janvier 2014, pages 42-45.
«L'art au datacenter», Pascal Boiron, MID e-news, 23 octobre 2014.

Data centers
Fullsave, Hébergeur et opérateur Télécom à Labège.
Le Colosse, supercalculateur de l’Université Laval, Québec.

Cartes d’Internet
Submarine Cable Map, Telegeography, 2014.
40 Maps That Explain The Internet, Timothy B. Lee, 2 juin 2014.

Rencontres
Conférence «Datacentre d’art» avec Hugues Brunel, Étienne Cliquet et Cécile Poblon, Librairie Ombres Blanches, samedi 22 mars 2014.

Datacentre d’art

Préface de Cécile Poblon

Datacentre d’art est l’énoncé programmatique d’une œuvre au long cours d’Étienne Cliquet qui prend place dans des centres de données informatiques plutôt que dans des lieux d’exposition dédiés. La vocation publique de l’action et de la situation est incertaine: les datacenters sont des endroits privés et de par leur activité, hyper sécurisés. La pratique active, réactive, interactive d’Étienne Cliquet hors des cadres déterminants de l’art pour l’art (l’espace de, le commentaire sur) remet l’ouvrage sur le métier. Quel est le devenir public de Datacentre d’art?


Convoquant l'art pariétal à l'ère du net, deux premières peintures murales ont été réalisées dans la salle blanche de la société Fullsave à Labège et au sein du supercalculateur de l'université Laval à Québec. Étienne Cliquet conçoit des cartographies inédites, des mappemondes comme figuration tangible d'une réalité numérique. Ainsi Circuit béant restructure les territoires selon l’implantation intercontinentale des câbles de fibre optique et leur degré de connexion internet (contre toute logique de représentation dominante, les pays les plus connectés sont désarticulés et excentrés). Allée froide propose une lecture spatio-temporelle des migrations humaines.

Étienne Cliquet élabore œuvres et expositions dans un contexte qui pose une équivalence entre des lieux physiques et emblématiques qui fonctionnent à l’inverse l'un de l'autre dans la visibilité́ de leurs activités. Quand le datacenter est évidemment sans accès physique public, le centre d’art (qui assume des missions de service public) est attendu sur le fait de trouver audience (forte, croissante, diversifiée). Collaborer concrètement avec les deux entités professionnelles imbriquées symboliquement dans Datacentre d’art, c’est être dans une pensée qui se pratique où chacun est en mesure de questionner ses usages propres.

C’est par exemple considérer et produire conjointement une publication de l’œuvre inhérente à sa nature et mobile dans son contexte d’inscription. Une publication dans toutes les acceptions du terme, puisque l’enjeu de porter Datacentre d’art à la connaissance du plus grand nombre se traduit par la parution d’articles et de photographies dans des périodiques généralistes, spécialisés et en ligne, avec la conception d’un site dédié (hébergé par la société accueillant la peinture Circuit béant), invitant à une lecture intuitive et transversale du travail. La passation de l’expérience par l’oralité est corrélative à la démarche mais nous nous adressons là, à chaque rendez-vous (rencontre privée ou publique, conférence) à une communauté distincte, à des amateurs et des praticiens (de l’art, du livre, du numérique) plutôt qu’à un «grand» public anonyme, usager et indéterminé.


L’œuvre d’Étienne Cliquet n’a rien de spectaculaire (d’ailleurs, il peut intervenir dans l’indifférence des salariés—c’est un élément qui échappe à toute forme de médiation impérative). C’est un art de l’activité critique et de l’infiltration douce. Et dans l’actualité des débats sur la neutralité historique et mise à mal d’internet, l’installation d’une œuvre au cœur d’un centre de stockage de données informatiques ne questionne pas seulement les conditions d’existence de l’œuvre.  – l’espace public comme l’espace du Net comme bien commun.


Cécile Poblon
Directrice et curatrice
BBB centre d’art, Toulouse